Pendant qu’il reste de la lumière
C’est souvent comme ça que commencent mes petits voyages après le travail.
Stéphane · 19 septembre 2026

Il y a des journées de travail qui nous suivent jusque sur le pas de la porte. Les dossiers restent ouverts dans notre tête, les conversations se prolongent, les choses à faire prennent déjà leur place dans le lendemain. Puis, dehors, une lumière attire le regard. Celle d’une fin de journée d’automne. Il reste du temps pour rouler. Mais de moins en moins.
Chaque semaine, le soleil se couche un peu plus tôt. La fenêtre entre la fin du travail et la noirceur rétrécit. Bientôt, l’hiver viendra changer les habitudes, et ces départs après le boulot devront attendre une autre saison. Alors, cette lumière encore présente, j’ai envie d’en profiter.
Il fait frisquet? Il vente? Au diable les petites excuses. J’ajoute une couche et je pars. Ces fins de journée sont trop précieuses pour toujours les remettre à demain.
Les premiers kilomètres servent de transition. Les jambes trouvent leur rythme, mais la tête est encore au bureau. Puis la route réclame mon attention. Un virage, une montée, une relance. Ma respiration devient plus présente. Sans trop savoir à quel moment, je finis par être entièrement là.
C’est souvent comme ça que commencent mes petits voyages après le travail.
Une route familière suffit parfois pour sentir qu’on s’éloigne. La lumière change, les ombres s’allongent, l’automne transforme le décor. J’aime y mettre de l’effort, pousser sur les pédales, maintenir ma cadence. Cette envie de performance fait partie du plaisir. À mesure que le corps travaille, les préoccupations prennent moins de place.
Puis, au détour d’une route, j’aperçois deux chevaux dans un pré. Une clôture de bois, de longues ombres sur l’herbe encore verte, le soleil qui accroche les crinières.
Et je passe tout droit.
Pris dans mon élan, je poursuis ma route. Mais l’image reste. Quelques coups de pédale plus loin, je me demande pourquoi je laisserais ce moment derrière moi. Je suis justement sorti pour décrocher, pour profiter. Qu’est-ce qui m’empêche de revenir?
Alors, je fais demi-tour.

Les chevaux sont là, dans cette lumière qui donne envie de s’attarder. Cette fois, je regarde vraiment. Je prends des photos, puis je m’accorde le temps d’apprécier la scène.
On passe parfois à côté des plus beaux moments simplement parce qu’on est lancé. On les aperçoit, on les trouve beaux, et on continue. S’arrêter demande de se donner la permission : celle de modifier son rythme, de revenir sur ses pas, de laisser quelques minutes au plaisir d’être là.
C’est aussi ça, pour moi, vivre le moment présent. Reconnaître qu’un instant mérite notre attention, puis la lui offrir.
Je reprends la route avec cette image en tête et la tête plus légère. Il reste moins de lumière, mais je suis heureux d’en avoir consacré un peu à ces deux chevaux.
Les soirées continueront de raccourcir. Le vent ne tombera pas toujours à la bonne heure. À force d’attendre les conditions parfaites, on risque de voir passer la saison.
Alors, s’il reste de la lumière à ta fenêtre, va chercher ton vélo.
Et si quelque chose de beau te fait tourner la tête, donne-toi le droit de tourner le guidon.